• Détours - Retours

     

     

    Alors que j'avançais sur le sentier, les lumières ocres des lampadaires apparaissaient et disparaissaient à mesure que les troncs noirs se déplaçaient devant eux. Je connaissais cette image, je l'avais déjà vue, il y a longtemps, sous un autre angle. Comme si je revenais après un long détour.

     

    J'avais fait dans ma vie beaucoup de détours, après lesquels je finissais toujours par revenir aux mêmes endroits. Parfois, un détour devenait si familier qu'il devenait un retour. On détournait en retour les retours qui détournaient en détours, mais au bout du compte, rien ne changeait vraiment. J'étais toujours là dans le froid à avancer, mes yeux seuls se mouvant pour tenter de capturer l'instant.


    Alors que le métro s'enfonçait de plus en plus dans le familier, j'ai commencé à remonter le temps. Dès que je suis sortie et que j'ai pris le sentier, j'ai réalisé que je revenais dans une vieille époque. Moi qui avait l'impression de ne pas réussir à oublier mon détour et ne plus être dans le réel présent, j'avais subitement fait un bond des années en arrière au même endroit.

    J'étais revenue. Mon esprit était revenu ici, enfin.




    Et pourtant, je me posais une question. Si j'étais enfin revenue, cela signifiait que mon détour était finalement devenu un rêve, qui ne serait plus jamais mon présent. J'étais retournée dans le réel, et mon esprit n'était plus là-bas. Mais je ne pouvais m'empêcher de vouloir en faire un retour. Pour pas qu'il ne devienne un rêve, je détournais en retour les détours qui retournaient en retours. Mon esprit s'emmêlait entre vouloir garder le détour et vouloir revenir au présent.

    J'étais revenue depuis peu, mais j'étais déjà en dérive depuis longtemps.

     

     

     

     

     

     

    jeudi 15 novembre 2018 (je crois bien)
    d'après le titre d'un article que j'avais écrit dans le passé

    (photographie prise le 23 janvier 2019)

     


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    Dans l'étagère de ma vie, il y a des étages où je retourne souvent

    Voyageuse des époques qui n'existent plus

    Autrement que dans ma mémoire

    Incapable de me les remémorer

    Autrement

     

    Je pleure le temps perdu

    La perte temporelle à venir

    Les personnes qui n'existent plus

    L'existence personnelle en devenir

     

    Puisque tu me montres mes limites, je ne peux qu'accepter

    Mes propres limites

    Echouer comme une série défectueuse

    S'échouer sur mon lit

     

    Et retourner là-bas vers les songes de nuages

    De flammes qui brûlaient seules dans le noir

    Sur les étagères du bas

    Qu'est-ce que j'ai raté

    Comme un processus désenclenché

     

    Je tourne

    Je patine

    Je brûle

    Je tourne

    Je refroidis

    Je hurle

     

    Je tourne

    Je me brise

    Je m'use

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    samedi 15 septembre 2018

     


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  • Les cinq sens du souvenirs / Quand tu appelleras mon nom

      

     

    Quand tu appelleras mon nom pour me saluer, je te répondrai en souriant

    Mais mon esprit sera ailleurs

     

    Quand tu pointeras du doigt ce qu'il faut regarder, je regarderai avec toi

    Mais mes yeux verront autre chose

     

    Nous écouterons ensemble chaque jour le temps s'écouler

    Mais dans ma tête se répétera sans fin une autre musique

     

    Toutes les odeurs du monde me rappelleront là-bas

    Je sentirai mes souvenirs à des univers de distance d'eux

    Tous les mots du monde auront un goût de larmes

    Que je sentirai descendre comme un pinceau passé sur mon visage

     

    L'endroit et le temps où je ne peux retourner

    Continueront d'exister sans moi

    Leur réalité s'effacera comme une ombre

    Je garderai leur virtualité comme un faux-semblant

     

     

    De loin, je ressemblerai à tous les humains

    Mais à l'intérieur, la moitié de mon cœur sera resté dans un monde lointain

     

     

    Quand tu célébreras le jour, je le célébrerai avec toi

    Mais la moitié de mon sourire sera avec les disparus du passé

    J'aurais beau chercher à m'en débarrasser, ils seront toujours là

    Tu verras mon esprit chercher quelque part pendant que mon corps reste à l'immobile

    Vouloir un passé qu'il ne retrouveras pas

     

     

    Je ferai partie de ces gens qui traversent le monde sans le regarder

    Qui se sentent étrangers chez eux

    Dans l'attente perpétuelle d'un souvenir de là-bas surgi du néant

    Je serai toujours ici

    Mais au final

    Je serai encore là-bas

     

     


     

     

     

    23 juillet 2018
    Ecrit quelques jours après mon retour 

     

     J'ai beaucoup hésité à l'appeler  « Les cinq sens du souvenir », mais j'ai
    changé au dernier moment, allez savoir pourquoi 

     


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  • La vérité n'est que la réalité qu'on aura choisi

     

    Ils me prédisent un futur, mais en moi

    Je cherche une autre réalité

     

    Depuis très jeune ils ont toujours dit

    Tu vivras plus tard ainsi et ceci

    Prédisant mes expériences au modèle des leurs

    Imposant leur réalité à la mienne

     

    J'écoutais, et au fond de moi

    Je cherchais d'autres réalités

    Cherchant les réponses dans mes questions

    Le chemin caché dans mes interrogations

     

    Tu perdras ton innocence

    Disaient-ils

    Finira conforme aux attentes des autres

    Personne n'échappe au grand fonctionnement de l'univers

     

    L'univers

    Implacable

    N'autorise

    Aucune autre forme de réalité

     

    Des années plus tard, j'ai réalisé

    Que j'avais toujours vécu en rejetant les prédictions qui m'étaient faites

    Refusant chacune d'elle comme étant ma réalité

    Cherchant mon futur dans des passages cachés

     

    Mon innocence

    Etait ma personnalité

    Et ma personnalité

    Ne pouvait disparaître dans des futurs déterminés

     

    Mais une fois qu'on refuse l'implacable de l'univers

    On atterrit sur un espace vide et isolé

    Une fois qu'on décide de prendre les chemins cachés

    Il n'y a plus de directions dans le monde

     

    Perds-toi

    Tu le savais

    Juge-toi

    Tu n'aurais jamais dû prendre le chemin qui t'éloigne de l'univers

     

    Après avoir jeté ces mots, ils sont partis

    Vivre leur propre chemin, me laissant seule derrière

    Marcher vers l'âge adulte, alors que j'étais encore

    Dans l'enfance, et à présent la dernière dans cet endroit 

     

    J'étais la seule restante dans cet endroit où tombent les poussières

    Où les souvenirs vieillissaient dans un silence absolu

    La balançoire qui avait déjà depuis longtemps disparu ne grinçait plus

    Les rires anciens s'étaient désintégrés

     

    J'étais la dernière restante, et comme les fantômes n'existent pas

    Il ne restait plus d'eux que leurs jugements

    Tandis que je prenais la poussière dans leur passé qui était mon présent

     

     

    Alors je suis partie à la recherche de ma propre réalité

    J'ai balayé les poussières du lieu déserté 

    Continué ma progression sur des chemins cachés

    Peu importe ce que le monde disait de moi

     

     

    J'ai couru et couru comme une désespérée pour échapper à mon futur déterminé

    Je me suis jetée dans des univers inconnus pour ne pas affronter mon présent

    Puisque de toute façon je savais ce qui m'attendait si je ne partais pas

    Puisque de toute façon il n'y avait rien à perdre

     

    J'ai couru pour sauver ma réalité

     

     

     

    Après des années de course, je me suis arrêtée et j'ai regardé derrière moi

    J'avais atterri dans un ailleurs, et mon esprit encore intact

    Etait sur le point d'être brisé par le monde extérieur à tout instant

    Complètement inadapté au monde réel

     

     

     

    Devenue seule dans le monde par mon entêtement j'avais persisté

    A m'accrocher à ma réalité qui disparaissait dans le jour comme une fumée

    J'avais raté dans ma course tant de choses

     

     

     

    Mais une chose m'apparut

    En observant le silence du monde

    En écoutant l'invisible

     

     

    L'univers est rempli de gens qui cherchent désespérément à préserver leur réalité 

    Ils la dissimulent du mieux qu'ils peuvent au grand fonctionnement des choses

    On ne l'entraperçoit jamais que l'espace d'un instant

     

     

     

    Alors j'ai décidé de continuer de courir

    Dans ma vérité qui n'existe pas

    Exister

    Dans ma course qui ne continue pas

     

     

     

    Puisque la vérité n'est que la réalité

    Que l'on aura choisi

    Et que le monde n'est le monde que si on le regarde

    Avec les yeux ouverts sur toutes les réalités

    Je courrai pour sauver la mienne

     

     

     

     

    Cela fait longtemps que je cours déjà

     

     

     

     

    3, 9, 10 juin 2018
    à Busan


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