• Les cinq sens du souvenirs / Quand tu appelleras mon nom

      

     

    Quand tu appelleras mon nom pour me saluer, je te répondrai en souriant

    Mais mon esprit sera ailleurs

     

    Quand tu pointeras du doigt ce qu'il faut regarder, je regarderai avec toi

    Mais mes yeux verront autre chose

     

    Nous écouterons ensemble chaque jour le temps s'écouler

    Mais dans ma tête se répétera sans fin une autre musique

     

    Toutes les odeurs du monde me rappelleront là-bas

    Je sentirai mes souvenirs à des univers de distance d'eux

    Tous les mots du monde auront un goût de larmes

    Que je sentirai descendre comme un pinceau passé sur mon visage

     

    L'endroit et le temps où je ne peux retourner

    Continueront d'exister sans moi

    Leur réalité s'effacera comme une ombre

    Je garderai leur virtualité comme un faux-semblant

     

     

    De loin, je ressemblerai à tous les humains

    Mais à l'intérieur, la moitié de mon cœur sera resté dans un monde lointain

     

     

    Quand tu célébreras le jour, je le célébrerai avec toi

    Mais la moitié de mon sourire sera avec les disparus du passé

    J'aurais beau chercher à m'en débarrasser, ils seront toujours là

    Tu verras mon esprit chercher quelque part pendant que mon corps reste à l'immobile

    Vouloir un passé qu'il ne retrouveras pas

     

     

    Je ferai partie de ces gens qui traversent le monde sans le regarder

    Qui se sentent étrangers chez eux

    Dans l'attente perpétuelle d'un souvenir de là-bas surgi du néant

    Je serai toujours ici

    Mais au final

    Je serai encore là-bas

     

     


     

     

     

    23 juillet 2018
    Ecrit quelques jours après mon retour 

     

     J'ai beaucoup hésité à l'appeler  « Les cinq sens du souvenir », mais j'ai
    changé au dernier moment, allez savoir pourquoi 

     


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  • La vérité n'est que la réalité qu'on aura choisi

     

    Ils me prédisent un futur, mais en moi

    Je cherche une autre réalité

     

    Depuis très jeune ils ont toujours dit

    Tu vivras plus tard ainsi et ceci

    Prédisant mes expériences au modèle des leurs

    Imposant leur réalité à la mienne

     

    J'écoutais, et au fond de moi

    Je cherchais d'autres réalités

    Cherchant les réponses dans mes questions

    Le chemin caché dans mes interrogations

     

    Tu perdras ton innocence

    Disaient-ils

    Finira conforme aux attentes des autres

    Personne n'échappe au grand fonctionnement de l'univers

     

    L'univers

    Implacable

    N'autorise

    Aucune autre forme de réalité

     

    Des années plus tard, j'ai réalisé

    Que j'avais toujours vécu en rejetant les prédictions qui m'étaient faites

    Refusant chacune d'elle comme étant ma réalité

    Cherchant mon futur dans des passages cachés

     

    Mon innocence

    Etait ma personnalité

    Et ma personnalité

    Ne pouvait disparaître dans des futurs déterminés

     

    Mais une fois qu'on refuse l'implacable de l'univers

    On atterrit sur un espace vide et isolé

    Une fois qu'on décide de prendre les chemins cachés

    Il n'y a plus de directions dans le monde

     

    Perds-toi

    Tu le savais

    Juge-toi

    Tu n'aurais jamais dû prendre le chemin qui t'éloigne de l'univers

     

    Après avoir jeté ces mots, ils sont partis

    Vivre leur propre chemin, me laissant seule derrière

    Marcher vers l'âge adulte, alors que j'étais encore

    Dans l'enfance, et à présent la dernière dans cet endroit 

     

    J'étais la seule restante dans cet endroit où tombent les poussières

    Où les souvenirs vieillissaient dans un silence absolu

    La balançoire qui avait déjà depuis longtemps disparu ne grinçait plus

    Les rires anciens s'étaient désintégrés

     

    J'étais la dernière restante, et comme les fantômes n'existent pas

    Il ne restait plus d'eux que leurs jugements

    Tandis que je prenais la poussière dans leur passé qui était mon présent

     

     

    Alors je suis partie à la recherche de ma propre réalité

    J'ai balayé les poussières du lieu déserté 

    Continué ma progression sur des chemins cachés

    Peu importe ce que le monde disait de moi

     

     

    J'ai couru et couru comme une désespérée pour échapper à mon futur déterminé

    Je me suis jetée dans des univers inconnus pour ne pas affronter mon présent

    Puisque de toute façon je savais ce qui m'attendait si je ne partais pas

    Puisque de toute façon il n'y avait rien à perdre

     

    J'ai couru pour sauver ma réalité

     

     

     

    Après des années de course, je me suis arrêtée et j'ai regardé derrière moi

    J'avais atterri dans un ailleurs, et mon esprit encore intact

    Etait sur le point d'être brisé par le monde extérieur à tout instant

    Complètement inadapté au monde réel

     

     

     

    Devenue seule dans le monde par mon entêtement j'avais persisté

    A m'accrocher à ma réalité qui disparaissait dans le jour comme une fumée

    J'avais raté dans ma course tant de choses

     

     

     

    Mais une chose m'apparut

    En observant le silence du monde

    En écoutant l'invisible

     

     

    L'univers est rempli de gens qui cherchent désespérément à préserver leur réalité 

    Ils la dissimulent du mieux qu'ils peuvent au grand fonctionnement des choses

    On ne l'entraperçoit jamais que l'espace d'un instant

     

     

     

    Alors j'ai décidé de continuer de courir

    Dans ma vérité qui n'existe pas

    Exister

    Dans ma course qui ne continue pas

     

     

     

    Puisque la vérité n'est que la réalité

    Que l'on aura choisi

    Et que le monde n'est le monde que si on le regarde

    Avec les yeux ouverts sur toutes les réalités

    Je courrai pour sauver la mienne

     

     

     

     

    Cela fait longtemps que je cours déjà

     

     

     

     

    3, 9, 10 juin 2018
    à Busan


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  • La capture du temps

     

     
    En dessous de la plate-forme aérienne qui fait aux rails traverser le ciel, il y a en bas un pont qui franchit la rivière. Entre les piliers massifs, une route passe sur l'autre rive. Des herbes sont peintes sur les barrières extérieures du pont. À son point d'arrivée, un portail jaune se dresse comme un cadre devant le flanc vert de la montagne qui s'élève au loin comme un mur de béton. À droite et à gauche, des immeubles beige pâle vieillissent. La route continue au-delà du portail jaune vers le mur vert de la montagne mais on n'en voit pas la fin.

     

     

     

    Je cherche à capturer le temps
    Avec des mots
    Figer l'instant
    Comme un tableau


    Je cherche des mots, encore
    Encore
    Encore

     


    J'ai tellement cherché
    Que j'ai oublié pourquoi
    Je cherche
    Lançant des mots
    Comme si j'avançais
    Avancer
    Encore, encore, encore

     


    J'ai oublié pourquoi j'avançais
    (Encore, et encore, et encore)
    Et avancer sans savoir c'est stagner
    Illusion de progresser sans bouger

    Je cherche
    En rond
    Je tourne
    En vain

     


    Dans la quête des mots, j'échoue constamment
    Et pourtant je cherche encore les mots
    Encore
    Sans réaliser que l'instant
    Toujours
    Échappe à la capture
    Enfin

    L'instant ne peut être arrêté même par les mots.

     

     

     

    Car le temps

    Ne se fige que

    Comme la rivière

    S'écoule éternellement

    Dans notre imagination

    Échappe au contrôle du


    Temps

     

     

     

     

     jeudi 10 mai 2018,
    Geumjeong-gu


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  •  

    Pour la première fois ce présent devient un passé
    Ce tournant de ma vie si important une page tournée
    Le monde autour de moi se métamorphose
    Ma vie prend une forme nouvelle
    Tout ce qui faisait ma force motrice jusque là est relégué au passé rangé dans les cartons de déménagement
    Le futur prend une apparence différente

    Que fera-t-on de moi, quand ma vie aura changé



    Autrefois j'ai traversé des plaines
    Sans savoir où elles me mèneraient
    J'ai couru vers des frontières pour faire changer mon existence
    Découvert d'autres réalités
    J'ai trouvé le chemin qui me permettrait de naviguer dans l'univers
    Mais l'univers est toujours plus large que la force de notre imagination
    Et ce chemin a pris fin sous mes pieds maintenant.

     

    Un futur nouveau s'étend devant mes yeux
    Je contemple ses détails se déployer sur le tableau de mon existence
    Lorsque je rentrerai bientôt, il deviendra mon présent
    Mes souvenirs de mon chemin relégués à la déchetterie de la mémoire
    Illustration de la réussite préfabriquée livrée en même temps
    Je deviendrai incarnation du bonheur programmé de mon époque


    Alors je me demande, à ce moment-là 

    Quand je rirai
    à qui mon esprit pensera
    Quand je me coucherai la nuit
    quelle image m'endormira
    Quand je pleurerai dans le soir
    quelle pensée me consolera



    Je me tiendrai debout dans l'appartement vide au milieu des cartons de déménagement
    Au travers de la fenêtre, je verrai dans le paysage d'autres réalités
    Plus de chemin plus de frontière plus d'horizon
    Je me tiendrai droite et immobile dans l'univers intouchable.

     


    Quand ma vie aura changé,
    Que restera-t-il de moi ?

     

    Quand ma vie aura changé, que fera-t-on de moi ?

    (du 9 avril au 14 peut-être) 


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