Trois heures qu'une prise d'otages a lieu dans un quartier juste à côté de chez moi. Porte de Vincennes, c'est entre chez moi et mon ancien lycée, c'est à une rue de mon école de danse, j'y vais chaque semaine, c'est un quartier que je connais bien et un arrondissement dans lequel j'ai vécu mon enfance. Maintenant j'habite plus loin, mais suffisamment près pour entendre les sirènes de pompiers qui partent de la caserne toute proche pour se rendre sur place. Je connais cette porte du périphérique, on la prend depuis des années pour rentrer de province à Paris, depuis toute petite j'ai ce souvenir des poteaux blancs qui bordent la place et qui, à l'époque, était un signe qu'on arrivait bientôt à la maison. Je connais des gens qui habitent là, je connais des gens du lycée juste en face, je connais les rues adjacentes, le tramway, les stations de métro fermées, le Printemps fermé, les commerces, je connais la place de la Nation par cœur, je connais tout. Je suis sortie tout à l'heure, dans la banlieue où j'habite, suffisamment éloignée pour ne rien craindre, mais assez proche pour entendre les sirènes des pompiers, les rues étaient vides, silencieuses, mortes, les rares passants avaient le visage grave, on se regardait, on regardait les voitures passer, certains parlaient de ce qui était en train de se passer tout près, d'autres non. J'aimerais éteindre BFM TV, i>Télé, penser à autre chose, regarder un film, n'importe quoi, mais je n'y arrive pas, c'est trop près, c'est trop proche.
À travers les fenêtres on entend les sirènes s'éloigner.